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AMMA, MASSAGE TRADITIONNEL JAPONAIS
- Par Gary Bernard
L'histoire du Amma, massage traditionnel japonais
remonte à 5000 ans dans les régions nord de la Chine
et au début de la philosophie médicale chinoise. Aujourd'hui,
aux Etats-Unis, Amma continue à croître et évoluer
vers un style de massage contemporain efficace et polyvalent.
L'HISTOIRE DU AMMA
Les deux caractères chinois que l'on prononce
anmo signifient "calmer par le toucher". Les japonais prononcent
ces deux caractères de la même manière : amma,
qui est lui-même prononcé anma. Le amma japonais est
à la base de toutes formes de massage par acupression incluant
les formes modernes du Shiatsu.
Amma trouve son origine dans la médecine
traditionnelle chinoise. A l'origine, il fut développé
dans la région du Nord de la Chine, dans les terres arides
du nord du fleuve Yellow River. Les habitants de cette région
utilisaient l'acupuncture, la moxibustion et anmo, qui est une méthode
manuelle, de guérison (Serizawa, 1984). Après beaucoup
d'années de pratique et d'expérience du massage, de
l'acupunture, et des moxa, les chinois arrivèrent à
identifier les points sur le corps où de telles traitements
produisaient des effets maximum. Finalement, ces points appelés
tsubo ou points acupunctures, ont été regroupés
avec les 14 méridiens principaux appelés aussi chaînes
d'énergie qui ressortent des schémas créés
par les tsubos (Serizawa, 1976, p.30). Aujourd'hui, nous connaissons
ce système de méridiens et de points d'acupuncture comme
l'anatomie énergétique de la médecine traditionelle
chinoise.
Anmo fut importé du Japon par la péninsule
coréenne au début de l'ère Asuka au 6ème
siècle. Il faisait partie intégrante du système
unifié de la Médecine chinoise, que les japonais appelaient
kampo, "la manière chinoise" (ou la voie chinoise)
(Serizawa, 1972, pp.14-15 ; Serizawa, 1984). Les japonais assimilèrent
la philosophie médicale chinoise dans leur propre culture,
et amma naquit sous la forme d'un art thérapeutique . Vers
701, la loi Taiho prenait comme référence un nouveau
massage japonais sous la mention de "experts amma" (Joya,
1958, p.61).
Hormis le fait que le Amma est originaire de la
Chine ancienne, la littérature disponible en anglais est très
incomplète sur l'histoire du amma au Japon jusqu'à l'ère
Edo (du 17ème au 19 ième siècleu). Il y a quelques
références qui suggèrent la perception du amma
comme une forme de pratique médicale qui changerait selon le
moment. Selon Yamamoto et Mac Carty , amma était reconnu par
les autorités médicales officielles au cours du début
de la période Nara (672-707). Amma perdit apparemment sa popularité
pour un moment, mais expérimenta un renouveau durant la période
Edo (1603-1857) (Joya, 1958,p.61). Serizawa (1972) écrit que
kampo, duquel amma faisait vraiment partie, était, au Japon,
le courant médical principal au moment où il fut introduit
jusqu'à la fin de la période Edo (p.2).
La plupart des documents sont d'accord pour dire
que pendant 1000 ans, amma devint un style de massage hautement qualifié
comportant des techniques complexes qui incluent une myriade de pressions,
percussions, étirements et des manipulations profondes avec
les pouces, les doigts, les bras, les coudes, et les genoux pour stimuler
les points le long des 14 principaux méridiens du corps.
Amma et kampo ont atteint leur pic de popularité
dans la période Edo. A cette période, les éudiants
en médecine devaient étudier le amma afin de comprendre
et devenir familiers avec la structure et la fonction de l'anatomie
énergétique du corps. Masunaga relate que "leur
formation dans ce type de thérapie manuelle leur permettait
de diagnostiquer et d'administrer la médecine herboriste chinoise
avec précision ainsi que de localiser les tsubo
.. facilement
pour les traitements d'acupuncture" (1977,p.9).
A la fin de la période Edo, deux changements
historiquement importants se produisirent au Japon qui altérèrent
aussi bien la manière dont le amma était enseigné
que la perception que les gens ont du kampo et du amma. Le premier
événement se produisit au début du 19ème
siècle lorsque les autorités du Shogun décrètèrent,
dans une démarche sociale, que les personnes aveugles assumeraient
le travail de masseur et d'acupuncteur.(Serizawa, 1984, P.15). Il
en résultat la création de nombreuses écoles,
et que des praticiens en amma de haut-niveau gagnèrent le respect
du public et furent honorés par la cour et le gouvernement.
Quoi qu'il en soit, dès que les écoles de Amma commencèrent
à former des étudiants aveugles, le statut du amma comme
art de guérison commença progressivement à souffrir
parce qu'il fut dit que "les personnes aveugles étaient
désavantagées dans l'étude formelle du diagnostique
et des traitements" (Masunaga, 1977) p.10).
Dans son programme, le gouvernement requis que tous
les ammas, nom donné aux personnes qui pratiquaient le amma,
soient licenciés. L'histoire dit qu'afin de détourner
les lois, beaucoup de thérapeutes pratiquant déjà
changèrent le nom de leur traitement.C'est ainsi que le terme
shiatsu fut utilisé (Masunaga, 1977, p.9).
Le deuxième changement se produisit au cours de la restoration
Meiji (1868 C.E.) et la modernisation du Japon. La médecine
occidentale commença à influencer la pratique médicale
japonaise. Le rapport de Serizawa (1976) indiquait que "La science
médicale occidentale telle qu'elle était connue en Allemagne,
et en Hollande commença à influencer la pensée
japonaise, spécialement par ses méthodes de chirurgie
et son efficacité à contrer les épidémies"
(p.30). Finalement kampo fut éclipsé par la médecine
occidentale, et des malentendus sur le amma l'on discrédité
au Japon.
En conséquence, au début des années
1900 kampo et amma ont été connus comme une médecine
populaire et amma fut par erreur seulement associé au plaisir
et au confort. Amma fut alors connu comme une profession pour personnes
aveugles dont il résultat le préjudice d'être
considéré au Japon comme une sous-profession. (Serizawa,
1984).
Au début de la seconde guerre mondiale, plus
de 90% des personnes pratiquant le amma au Japon étaient aveugles.
A la fin de la guerre, le Général MacArthur se rendit
au Japon et bannit les arts traditionnels de guérison du kampo
et du amma. Ce qui laissa des centaines de praticiens en amma sans
travail et sans réelle perspective de moyens de subsistance.
Le résultat fut une épidémie de suicides au sein
des praticiens en amma. Helen Keller fut informée de cette
tragédie et écrivit au Président Truman lui demandant
d'abroger l'ordre (Ohashi, 1976). Ce qu'il fit finalement mais les
dommages étaient faits. Amma et les arts traditionnels de guérison
au Japon étaient déjà très éclipsés
par la science médicale occidentale.
Joya écrit dans son livre, Pensées
japonaises, "la plupart des praticiens en amma sont aveugles.
Autrefois, il soufflait dans une petite flute en cheminant, et les
gens leur demandaient d'entrer dès qu'ils en entendaient le
son. Quoi qu'il en soit, excepté dans des régions rurales,
on n'entend plus le son de la flute amma." (1958,p.61).
Assez curieusement, de toutes les écoles
qui enseignent le massage au Japon aujourd'hui, seulement deux écoles
enseignent le amma. Mais, la plupart des gens nés après
la deuxkème guerre mondiale n'ont jamais entendu le mot amma
en référence au massage. En 1940, Torujiro Namikoshi
ouvrait l'Ecole japonaise de Shiatsu à Tokyo, qui reçue
la licence du gouvernement en 1957. Par suite des talents en marketing
de Namikoshi à la fin des années 40, et au début
des années 50, "shiatsu" devint alors au Japon, le
mot le plus communément utilisé comme référence
au massage. Le shiatsu fut reconnu par le gouvernement japonais comme
un style de massage séparé du amma en 1964. Le Directeur
de l'Ecole de Massage Shiatsu de Santa Monica en Californie, DoAnn
Kanebo expliqua à l'auteur qu'aujourd'hui, au Japon, beaucoup
de praticiens en massage utilisent le amma et le shiatsu et l'appellent
shiatsu.
LE
AMMA AUX ETATS UNIS
Torujiro
Namikoshi introduisit le massage japonais aux Etats Unis en amenant
son style de shiatsu dans les années 50. En 1953, il fit venir
son fils, Toru. Toru Namikoshi est resté 7 ans aux Etats Unis
pour enseigner le shiatsu aux étudiants de l'Ecole de Chiropractie
Palmer à Davenport, en Iowa. Torujiro continua à Hawaï
en ouvrant une école de massage. En 1969, Torujiro écrivit
son premier livre, Health and Vitality at Your Fingertips, Shiatsu
in English, qui fut distribué aux Etats Unis, en Angleterre,
Nouvelle Zélande et Australie. Ce livre fut plus tard traduit
dans plusieurs autres langues sous le nom de Japanese Finger-Pressure
Therapy, Shiatsu (1969) et distribué dans le monde entier.
Le style de shiatsu de Namikoshi était le premier style de
massage japonais enseigné aux Etats Unis jusqu'en 1960. Dans
les années 70, un certain nombre de praticiens japonais apportèrent
leurs styles de shiatsu aux Etats Unis, incluant DoAnn Kanebo, qui
apporta une forme appelée Amma Shiatsu ; Shizuro Masunaga,
qui développa le Shiatsu Zen ; Shizuko Yamamoto, qui développa
le Barefoot Shiatsu (le shiatsu aux pieds nus) ; et Wataru Ohashi,
qui développa Ohashiatsu.
Le style de shiatsu de Namikoshi incluait les techniques
de amma les moins complexes (doigts, pouces, et pressions palmaires),
et n'incluait pas le système traditionnel des méridiens
du amma. Sensible à l'enthousiasme du 20è siècle
pour la médecine scientifique occidentale au-travers du monde
entier, Namikoshi superposa ses points à la structure anatomique
occidentale. Toru Namikoshi détailla ce système par
des diagrammes dans The Complete Book of Shiatsu Therapy (1981).
Shizuto Masunaga développa son propre système
de méridien, qu'il décrivit dans son livre Zen Shiatsu
(1977). Son étudiant, Wataru Ohashi, retourna au système
traditionnel chinois des méridiens, qu'il détaille dans
Do-It-Yourself Shiatsu (1976). Shizuko Yamamoto n'inclut pas la carte
du système de méridiens dans son livre, ni même
les points d'acupression dans son traitement complet en shiatsu. Par
contre, elle suggère une liste de points d'acupression pour
traiter des problèmes communs. Mr. Kanebo suit le système
traditionnel chinois des méridiens et inclut dans son shiatsu
beaucoup de techniques les plus compliquées provenant du amma.
Comme vous le voyez, lorsque certains disent : "je fais du shiatsu,"
ils parlent sans doute de l'une de ces nombreuses et différentes
formes de l'art ancien de la guérison.
Le amma traditionnel fut officiellement introduit
en premier aux Etats Unis en 1971, avec l'ouverture du Kabuki Hot
Springs dans Japantown, à San Francisco en Californie. Conçu
comme un spa traditionnel japonais, Kabuki Hot Springs employait des
praticiens en amma, voyants, qui avaient été entraînés
au Japon et amenés aux Etats Unis pour travailler dans les
nouveaux spa. Vers 1977, les propriétaires des Hot Springs
voulaient développer une source locale de praticiens qualifiés.
Ils demandèrent à Takashi Nakamura, un praticien de
l' Ecole de Massage, Acupuncture, Moxa, Cautérisation, du Kensai,
à Osaka - Japon, d'ouvrir une école à San Francisco.
Quoiqu' il enseigne le amma, l'école fut appelée le
Kabuki Shiatsu School of Massage.
Nakamura développa une séquence sur
table d'une heure sur tout le corps, hautement chorégraphiée
utilisant 25 techniques manuelles différentes sur plus de 140
tsubo, ou points d'acupuncture. Il enseigna cette séquence
de la manière dont il reçu l'enseignement au Japon.
Il faisait la démonstration d'une petite partie de la séquence
sur chaque étudiant, puis il pratiquait sur les uns et les
autres, et ensuite, chaque étudiant faisait la démonstration
de ses capacités à répéter ces segments
sur Nakamura. La séquence entière était enseignée
de cette manière, chaque partie se rattachant à la suivante.
En enseignant cette forme appropriée pour l'organisation d'un
spa et modelant la manière dont la forme du amma était
enseignée au Japon, Takashi Nakamura aida à aller plus
loin dans la compréhension de la tradition du amma aux Etats
Unis. Il retourna au Japon en 1981, après avoir enseigné
à son étudiant David Palmer, la manière dont
doit être enseignée la forme du amma pour les spa.
David Palmer réouvra l'école en 1982.
Reconnaissant la signification de la tradition du amma et de quelle
manière elle diffère de celle dont le shiatsu fut enseigné
et pratiqué aux Etats Unis, il renomma l'école The Amma
Institude of Traditionnal Japanese Massage. Dans l'intention de rendre
les capacités au Toucher plus accessibles aux Etats Unis, D.
Palmer adapta les quelques dernières minutes de la séquence
pour les spa d'une heure sur tout le corps, sur table et créa
une forme sur 15 minutes pour le haut du corps, le client assis sur
une chaise. Cette forme du amma en 15 minutes sur chaise se révélait
sans danger, commode et abordable. Les praticiens en massage pouvaient
à nouveau apporter leurs services à l'extérieur
tout comme les personnes aveugles au Japon le faisaient depuis plus
de 80 ans. En décembre 1988, D. Palmer laissa The Amma Institude
afin de développer le Skilled Touch Institude of Chair Massage.
Chaque année, ses étudiants font découvrir leurs
techniques de massage japonais à des centaines de professionnels
en travail corporel.
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